Traversée Bahamas Etats Unis

La tentation de rester flâner aux Bahamas est grande, nous savons que nous ne reviendrons pas ici avant longtemps … ces îles sauvages et superbes ne sont accessibles que par bateau. Mais nous avons aussi un rêve un peu fou dans un coin de la tête, rejoindre New York en bateau. La météo est complexe pour remonter la côte américaine, et notre timing un peu serré …. mais le challenge est vraiment tentant, et pour clore la question, nous avons donné RDV à nos équipiers pour la transat retour à New York !

Nous faisons donc une dernière nav bahaméenne pour rejoindre Nassau, histoire de prendre la météo et refaire le plein de frais pour la suite.
Dernière nav avec Mimosa, un coup d’adrénaline alors qu’on quitte pleine balle les Warderick Wells et que le sondeur passe à 1m (on s’échoue lorsqu’il est à 0,7) alors qu’on est à 10 Nds… empannage express, ça passe !

L’arrivée à Nassau… on s’y était préparés, tout le contraire de ce qu’on a eu ces dernières semaines : immeubles, énormes paquebots, mouillage agité. On espère repartir au plus vite.

Le débarquement est acrobatique, le ponton à annexes est plein de vis qui dépassent et perceraient bien vite l’annexe, nous débarquons à côté en escaladant , c’est juste n’importe quoi comme aménagement. Le supermarché n’est pas loin, mais il semble que le piétons n’existent pas ici et traverser la route à pied relève de l’exploit. Bienvenue à Nassau ….
Le supermarché ets bien achalandé, mais les prix sont délirants, la mozzarella à 18 $, le poisson à 30 $ la livre, la farine à 15 € les 2kg … Nous tournons un bon moment avant de faire notre choix.

La météo est bonne pour partir vers la côte américaine, nous avons 3 jours de vent portant, c’est parfait, nous pouvons partir dès le lendemain matin.
Après un dernier repas partagé à bord de Mimosa, les au revoir du matin sont un peu ‘humides’, mais c’est ainsi, chacun sa route, c’est ce qui rend l’aventure et les moments partagés si beaux.

J1 – 196 Nm
Nous quittons Nassau et partons pour un grand bord bord pour contourner Grand Bahama par le sud. La première nuit est fatigante, nous passons devant Freeport, le port de commerce des Bahamas, où de nombreux tankers et cargos manœuvrent , nous demandant une attention constante. L’un notamment me tiendra en haleine un bon moment avant que je comprenne qu’après être passé devant moi il se laisse aller à la dérive à 1 Nd.

Au matin nous nous engouffrons dans le gulf stream, l’eau passe de 27 à 29°C et nous avons 2 nds de courant portant, et glissons tranquillement au vent arrière, trop fatigués pour mettre le spi.

J2 – 215 Nm
Nous passons une très belle journée sous Gennaker.
Au coucher du soleil, Valentin commence à voir des éclairs sur notre babord, et cela continue toute la nuit. Nous voulons reprendre la météo par satellite mais notre boite mail est bloquée en réception. Habituellement cette boîte ne sert que pour la réception des fichiers météo, mais en traversant vers Cuba nous avions envoyé un mail pour commander une hélice d’hydro de rechange, et supposons que nous avons eu en retour un mail trop volumineux…. en théorie on devrait pouvoir le supprimer pour ne pas le charger, mais là tout est bloqué. Nous comprenons assez vite notre erreur, nous n’avions pas regardé la frontologie suffisamment loin dans le temps, et sur nos gribs nous voyons la déformation des isobares qui montre le passage d’un fond froid, générateur d’orages.
Ici avec les masses d’air froid venant du Canada et le courant chaud du golf stream, les phénomènes sont violents.
Nous appelons le Cross pour avoir un bulletin actualisé, nous avons confirmation d’une situation orageuse pour les 2 jours à venir, mais sans alerte particulière.
Plus nous avançons plus nous sommes proches de l’orage, et à un moment il va nous falloir empanner pour nous rapprocher de la côte et traverser le fond froid.

Nous mettons le radar en route et visualisons très bien les nuages orageux et leur déplacement. Nous prenons un 3ème ris, évitons une première formation orageuse en nous mettant à la cape un quart d’heure, puis évitons le suivant avec un bon appui moteur. Nous nous en tirons bien avec 35 noeuds en rafale au maximum.

J3 – 143 Nm, Arrivée
Au moment le vent baisse, peu à peu la mer qui commençait à être violente se calme aussi, et une nouvelle belle journée commence. Nous sortons du golf stream et la température de l’eau chute de 28°C à 14°C.
D’après les bulletins météos, seulement de rares orages annoncés pour cette nuit, mais dès le coucher du soleil nous commençons à voir les éclairs. C’est reparti pour une nuit blanche pour nous deux. Radar en route, à 40Nm de l’entrée du chenal nous voyons les nuages orageux se former le long de la côte à hauteur de Charleston, notre destination. Nous observons attentivement leur déplacement pour tenter de les éviter, mais cette fois c’est mission impossible, ils se déplacent tantôt vers le sud, tantôt vers l’est, nous barrant totalement la route et se déplaçant beaucoup plus vite que nous. Au bout d’un moment les différentes masses s’agrègent pour nous encercler, la formation fait 30 Nm de large.
Il n’y a encore que 15 Nds de vent, mais nous décidons de tout affaler et nous préparer à affronter l’orage, la GV et soigneusement fermée dans son lazy bag, nous débranchons les antennes iridium, VHF et AIS, mettons le téléphone satellite et les ipad dans le four qui fera, nous l’espérons, cage de faraday en cas de foudre, et coupons la centrale nav. Nous restons juste au moteur avec le radar et le GPS pour essayer de sortir au plus vite de l’orage. Nous bataillons 3 heures ainsi, le vent monte très fort, sifflant dans les joints des hublots, mais heureusement la foudre ne tombe pas trop près.
Une fois sortis de l’orage, je m’effondre de fatigue, mais une heure après Valentin me réveille pour dire qu’un nouvel orage se forme devant nous, là ça vire au cauchemar, là encore pas d’autre choix que de le traverser pour rejoindre Charleston (et changer de destination ne nous semble pas forcément plus sur). C’est reparti, on se calfeutre dans le bateau avec juste un bras qui passe par la baie vitrée pour tenir la barre pour l’un, et l’autre le nez sur l’écran pour donner les consignes de barre, car sans centrale nav on n’a plus d’indication si la barre est droite ou pas… Cette fois ci, pluie et grêle, le bateau sera bien dessalé…. Alors que nous sommes les yeux rivés sur l’écran du radar pour tenter de trouver la sortie, je vois des feux à travers le hublot…. un reflet ? non, il y a bien un bateau à coté de nous. AIS éteint, nous ne le voyons pas et lui non plus, et comme nous sommes dans l’orage, au radar on ne le distingue pas non plus. Nous nous jetons dehors pour voir, il n’est pas très loin mais ne vient pas sur nous, grand soulagement car nous ne sommes pas vraiment manoeuvrants, la puissance du moteur est bien faible par rapport au vent de l’orage.
Nous sortons beaucoup plus vite de celui-ci, en une demi heure nous retrouvons le calme, et nous approchons épuisés du chenal d’entrée de Charleston, impressionnants avec ses balises lumineuses de plusieurs mètres de haut, que l’on distingue à 12 Nm.

Nous nous relayons et arrivons à 7h du matin à la marina de Charleston, accueillis par un couple de globicéphales qui vient faire un tour près de nous, histoire de nous mettre un peu de baume au coeur.

Valentin va signaler notre arrivée à la marina, et une heure après nous avons la visite des douanes, qui nous délestent de tout le frais du frigo …. bye bye les fromages et charcuteries précieusement stockées depuis St Martin en vue de la transat, bye bye les petits légumes achetés à prix d’or à Nassau, nous sommes dépités … Enfin, on ne saura pas si c’était par clémence ou pas, mais l’officier qui nous suggère de mettre nos vivres dans un moins joli sac car tout va être brulé, j’en profite pour rentrer le précieux stock et en planquer un maximum un peu partout dans nos bacs de vêtements. Une fois les officiers partis on prend un bon fou rire en réalisant que chacun de nous a planqué ce qu’il pouvait dans ses poches et dans sa cabine, et quelques frissons à l’idée qu’on aurait pu se faire prendre.
Nous terminons par un joyeux casse croute avec ce que nous avons pu sauver :-)… et maintenant à nous Charleston !

3 réflexions sur “Traversée Bahamas Etats Unis

  1. La prochaine fois qu’il y aura de l’orage, je penserai à mettre mon tel dans le four pour faire cage de Faraday …Ca laisse rêveur, mais merci du tuyau quand même 😉
    Trêve de plaisanterie, quelle traversée haletante (et stressante), bravo pour votre sang froid.
    Quant aux vivres, on vous promet des montagnes de brocolis et haricots verts bien frais au retour … et un peu de charcut’ et de fromage.

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