traversée Ténérife Dakar

J1 – 138 milles

Notre famille a pris l’avion ce matin, le temps de faire un énorme avitaillement pour les 2 mois à venir, et surtout de réussir à ranger tout cela à bord, nous quittons le port de Santa Cruz à 17h, sous un ciel gris comme souvent cette semaine.

Nous avons, en trace directe, 860 milles à parcourir pour arriver à Dakar.

A 18 h nous recevons un sms de Seaview parti 2 jours plus tôt : 1ère pêche et pas des moindres, une dorade coryphène de 1,18 m ! Cela nous redonne espoir pour cette traversée … Ils sont 220 milles devant nous, c’est sympa de savoir que nous ne sommes pas seuls sur l’eau pour cette longue traversée.

A 18h30 , après le coucher du soleil, nous avons la visite de quelques globicéphales.

Les nuits sont longues, 13h de nuit pour 11 de jour. Heureusement la pleine lune se lève juste après et nous accompagne jusqu’au matin.

Il y a un peu de houle entre Gran Canaria et Ténérife, il faut se réhabituer au vacarme des vagues, à tendre l’oreille à tous ces bruits qui semblent amplifiés par la nuit, et tenter de distinguer tout bruit qui serait anormal.

Dans la nuit le vent tombe et nous mettons un appui moteur. Le matin le vent est toujours faible (5-8 nœuds), et le bateau un peu surchargé par notre gros avitaillement n’avance pas très vite.

Echange de position avec Seaview, nous apprenons que Catapulte est à 30 milles de nous, mais nous n’arrivons pas à les joindre par VHF.

Pour la première fois nous ne captons aucun bateau autour de nous à l’AIS, ni cargo , ni bateau de pêche, ni plaisancier.

A bord, la grande houle est confortable , les enfants se remettent au CNED, fin des vacances, puis se lancent dans la confection de décos pour Halloween.

A 16h30 une magnifique visite de dauphins, une vingtaine qui jouent aux étraves du bateau pendant une demi heure, moment de pur bonheur sur cette mer calme.

Record de vitesse du jour : 15,1 Nds

J2 – 194 milles

18h30 le soleil est déjà couché, nous mangeons tôt et je prends le premier quart de 20h à 22h, puis Valentin de 22h à 4h, et je termine la nuit de 4h à 8h.

Le vent monte à 20 nœuds dans la nuit et nous reprenons de la vitesse.

L’océan clignote de plancton phosphorescent, dans les remous des vagues partout autour et dans le sillage du bateau, il est beaucoup plus lumineux que lors de la traversée vers les Canaries, c’est un phénomène vraiment étonnant.

Première « pêche » à bord de Siminoé, un calamar s’est jeté dans le cockpit !

C’est une journée de nav rapide, à 9 Nds de moyenne.

Les enfants ouvrent leur petit ‘colis surprise traversée ‘ avec des bonbons et un jeu de bataille navale. Pas de CNED aujourd’hui, ça bouge trop, ils arrivent par contre à lire sans soucis, tout le monde est vraiment bien amariné.

Le record de vitesse passe à 16,3 Nds

J3 – 184 milles

Nous sommes de nouveau sur la route des cargos, qui contournent la pointe de la Mauritanie, en route pour le Brésil, la Hollande …

Nous avons une nouvelle visite de dauphins au coucher du soleil, le vent forcit à 20 Nds, moment magique mais là il faut faire attention, beaucoup de vent et mer forte, interdiction pour les enfants de sortir du cockpit.

23h30 – Valentin me réveille pour prendre un ris

1h30 – Valentin voit à l’AIS un bateau qui avance à 28 Nds, c’est Sodebo le multi de course (en tête de la Transat Jacques Vabre, nous le saurons plus tard)

4h – je me réveille aux bruits et vibrations du bateau, on vient de faire un surf à 17,3 Nds …. On prend un 2ème ris ! Le vent souffle à 25 Nds et surtout la mer commence à être vraiment grosse, au moins 4 mètres de houle, qui nous entrainent dans des surfs impressionnants. La manœuvre nocturne n’est pas des plus sympa avec cette houle de travers le temps de déventer la GV.

La suite de la nuit est beaucoup plus confortable, et au lever du jour le vent tombe, je déroule le solent et au réveil de Valentin nous relâchons les ris.

Le rythme des quarts s’installe, on est moins fatigués en fin de nuit, et ce matin je fais des pancakes avant que toute le monde se lève.

Echange matinal de SMS avec les copains pour bien démarrer la journée, Seaview n’est plus qu’à 130 milles de nous, Catapulte est par contre pris depuis la veille au soir dans un filet de pêche et doit plonger pour se dégager, ce qui n’est pas sans risque avec la houle, nous pensons bien à eux. Bonne nouvelle dans la matinée, opération réussie ils peuvent reprendre leur route.

12h00 – Première touche sur notre ligne de pêche, enfin le ‘bzzz ‘ du moulinet …. Mais le temps d’arriver le poisson s’est taillé en emmenant le calamar ‘frais’ qu’on avait mis comme appât.

16h – Le vent commence à forcir, nous prenons d’emblée 2 ris, pour ménager le bateau et l’équipage.

ECRAN AIS

J4 – 182 milles

18h – nous prenons le 3ème ris, dans la nuit le vent monte à 30 Nds avec des rafales à 35. Le fracas des vagues sur le bateau, et surtout sous la nacelle, entre les coques, est énorme, difficile pour nous de dormir et nous nous relayons toutes les heures à la veille.

Les enfants dorment eux comme des loirs et se lèvent le matin en pleine forme.

A 22h nous perdons le signal AIS alors que nous sommes entourés de cargos, d’un seul coup tous les bateaux disparaissent de l’écran. Petit coup de stress supplémentaire dans cette nuit pas zen du tout. Nous sommes sur le même axe que les cargos et nous trouvons régulièrement face à face avec certains, l’AIS nous permet d’anticiper avant même d’avoir vu leurs feux de navigation, de connaître le nom du bateau pour l’appeler par radio et se mettre d’accord sur la manœuvre d’évitement (« port to port » on passe babord sur bâbord, starside c’est le contraire). Nous décidons d’intervertir les antennes VHF et AIS (ce sont les mêmes, une en haut du mat et l’autre sur le portique arrière), d’autant plus que vu la hauteur de la houle, notre antenne du portique perd régulièrement sa portée. Manip faite, VHF et AIS fonctionnent correctement, bonne nouvelle !

A 6h le vent redescend entre 20 et 25 Nds, le calme revient un peu à bord et je fais cuire le pain pour le petit dej.

2 poissons volants ont atterri dans le cockpit, je les mets au frigo pour la pêche …. Quand la mer sera moins agitée.

Nous ne sommes plus qu’à 100 milles de Seaview, ils ont un timing parfait pour arriver à Dakar dans la matinée, pour nous ça se présente moins bien pour arriver de jour.

10h – Nous discutons tranquillement dans le cockpit avec Valentin quand un bruit nous fait sursauter, nous tournons la tête et voyons …. Un jet de baleine, à 3m du bateau ! Nous voyons quelques mètres de son dos, son évent, son jet, c’est énorme !!! Le temps de prévenir les enfants, elle a replongé et nous ne la reverrons plus. Quelle magnifique rencontre.

Un autre gros coup de vent est annoncé pour la soirée, si nous descendons suffisamment vite vers le sud nous pourrons l’éviter, nous suivons de près notre routage et tachons de récupérer de la nuit épuisante que nous venons de passer.

J5 – 149 milles

Nous nous en sortons bien avec une nuit à pas plus de 20 Nds, bien tranquille à coté des nuits passées, et relâchons même un ris en début de nuit, et le dernier au petit matin. Nous retrouvons avec plaisir une vie à bord normale, à cuisiner, bouquiner, contempler les poissons volants qui sautent devant nos étraves, les oiseaux de mer…

Nous voyons les premiers papillons à 200 milles des côtes.

Nouvelle touche sur la ligne, cette fois Valentin va vite à la canne pour freiner le moulinet … et la ligne casse, le poisson repart avec tout le bas de ligne. Bilan Pêche : Poisson : 0 – Leurre : 1 😦

J6 – 59 milles, arrivée à Dakar !

Si nous avons été assez rapides pour échappera ce dernier coup de vent, nous ne l’avons pas été suffisamment pour arriver de jour à Dakar… pas forcément conseillé, mais pour arriver de jour il faudrait se mettre en attente une demi journée, pas enthousiasmant, surtout avec la grosse houle qui subsiste. Nous prenons notre temps dans le petit vent tranquille, inutile de mettre le moteur… nous attendons des infos de Seaview qui est en approche.

Quand la nuit tombe, nous sommes à 20 miles du ‘cap vert’, extrémité de la Presqu’ile de Dakar, qu’il faut ensuite contourner pour s’enfoncer dans la baie, soit 25 miles de plus, à 5 Nœuds cela représente 9h de nav avec la plus grande vigilance pour éviter barques de pêcheurs et filets… un peu dingue de nuit …. ? mais on a vraiment envie d’arriver, alors on met qd même le moteur à ce moment pour abréger, on se relaie à la veille de 20h à 1h30 du matin, en permanence dehors, puis arrivés dans des fonds de moins de 100m, nous veillons à 2 pour pouvoir réagir au plus vite s’il fallait éviter quelqu’un ou quelque chose. Les barques de pêcheurs étant très peu visibles, nous avons bien éclairé notre bateau pour que lui soit visible par les pêcheurs, en laissant la lumière allumée dans le carré, avec pour effet immédiat d’attirer des dizaines de libellules qui recouvrent le pont et rentrent dès qu’on ouvre la porte. Nous les piétinons à chacun de nos déplacements et c’est un véritable massacre à l’arrivée.

A l’entrée dans la baie, l’odeur de terre forte, épicée nous parvient, puis celle de fumée, de nougat…et enfin d’égoûts …pas de chance nous garderons celle ci jusqu’à l’arrivée.

4h45 nous nous mettons enfin à l’ancre devant le CVD, sans avoir vu ni pêcheur ni filet. Enfin le calme, le silence, une nuit tranquille, ou presque car c’est l’heure de l’appel à la prière de 5h du matin ;-).

Et voilà, 904 parcourus en 5 jours et demi… nous sentons clairement que nous sommes arrivés dans un autre monde, que nous sommes impatients de découvrir.

VIDEOS à venir ….. avec un meilleur wifi !

12 réflexions sur “traversée Ténérife Dakar

  1. Bravo, quel suspense (et quel stress à lire ce récit !).
    Pour la pêche, no comment … J’espère au moins que vous vous gavez de Captain Igloo pour compenser …
    Et merci de nous rendre un peu plus intelligents, je viens de découvrir ce qu’est un globicephale (alors que les ris n’ont plus de secret pour moi depuis le Golfe de Gascogne).
    Ici TVB, cartons déballés, automne magnifique, et petite mise en jambes avant la saison sur le glacier des 2 Alpes dimanche dernier…
    Bise à tous, saluez votre pote Francois Gabbart de notre part (il vous poursuit !!! C’est un signe)

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  2. Bravo ….. Nous sommes chaque fois ravis à l’arrivée de vos messages.
    Nous sommes en admiration devant votre maitrise, votre sans froid.
    Mon papa qui a 88 ans vous suit avec enthousiasme.
    Continuez à nous faire rêver.
    Nous nous faisons une petite escapade de la martinique aux tobago Cays en passant par Bequia et union du 25 mars au 2 Avril.
    C’est dommage on ne va pas se croiser.

    A bientôt pour d’autres lectures.

    Merci à vous

    Sylvie et laurent

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  3. Merci pour les super nouvelles ! J’hallucine sur le sommeil des enfants par mer forte, en pleine ambiance tambour de machine-à-laver…
    A ce propos, je n’ose pas imaginer l’ambiance à bord des maxi catamaran, ce doit être la guerre, les embruns comme des balles, les vagues comme des obus.
    En tous cas, bravo pour cette belle navigation. Vues les conditions et les performances du bateau, à 200 miles par jour, je pense que vous avez pas mal temporisé, ce qui est surement une clé d’une traversée réussie. Histoire que bateau et équipage n’accumulent pas trop de fatigue. Et même si la vitesse peut aussi être gage de sécurité, comme sur la fin de votre nav.
    Vous êtes passés devant Saint-Louis qui me fait pas mal rêver et vous aller passer devant M’bour qui me fait plutôt cauchemarder (souvenir de reportages sur les enfants des rues, quand-même aidés par des associations comme les lyonnais des Gones de M’bour)

    NB : Cela nous arrange bien que votre AIS fonctionne toujours… pour vous suivre !!

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  4. Superbe description ; ce n’est pas toujours le grand confort et il faut sans cesse avoir l’oeil et l’oreille ouverts pour devancer tout problème. Heureusement que les enfants ont un sommeil d’acier même par gros temps. Votre prochain point de ravitaillement c’est La Martinique ?
    ici l’automne est calme, paisible, doux et très beau avec des couleurs éclatantes : nos liquidambars et platane sont rouge feu. Claire est venue passer 3 jours ici la semaine dernière c’était très sympa. Et le week-end dernier nous sommes allés à Strasbourg pour fêter les 70 ans de José. C’était très agréable. Pouvez vous me donner le numéro de téléphone de Mado, j’aimerais l’appeler pour avoir des nouvelles de vive voix de sa semaine canarienne. je vous embrasse
    Pap

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  5. merci pour ce fabuleux récit, quel voyage !!, et les enfants, quelques soient les conditions atmosphériques: même pas peur !, la rencontre avec les dauphins a du être fabuleuse, et bien contente pour vous que la baleine s’est présentée pour vos souvenirs. Bonne continuation et à bientôt de vous lire avec impatience.

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    1. Coucou les z’amis!
      Nous nous régalons de vos aventures! Quel beau voyage vous faites!
      Nous avons eu une petite pensée pour vous en passant à vélo à la couarde devant votre maison, il n’y a pas longtemps!
      Ici nous avons un automne fabuleux… un vrai été indien!
      Continuez sereinement votre beau voyage…
      Amitiés et bises de Laurence, François et des 3 zouaves

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  6. Salut

    Juste un petit mot pour vous dire que toute la famille suit vos récits et vos photos à chaque étape.
    C’est sympa et de plus en plus dépaysant !!!

    Une grosse bise à tous les 5 (et surtout à Noémie !)

    A+

    Ludo (et Nad et …)

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